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22.04.2020

Le Tempo Corona

Florent Couao-Zotti, Béninois, décrit de façon littéraire les effets secondaires du coronavirus dans son pays d'origine.

Image: of Salomon Djidjoho Policier contrôlant les ‘Zems’ (conducteurs de taxi motos) à Cotonou, Bénin.

 

 

De la Chine, les Béninois n’ont qu’une image caricaturale. Longtemps, ce pays et ses ressortissants suscitaient dans leurs têtes l’image de mangeurs de margouillats, ces reptiles familiers qui errent sur les murs de clôture et que les enfants s‘amusent à chasser et à piquer avec les seringues. Justement, dans les années quatre-vingt, au moment où les Chinois construisaient le Stade de l’Amitié, certains gamins facétieux, étaient allés leur proposer des margouillats déjà tués et brochetés. Ils pensaient que nos amis allaient s’en émerveiller et en saliver. Mais les travailleurs de l’Empire du levant n’ont pas apprécié l’offre. Ceux d’entre eux qui avaient des notions de Kung Fu avaient dû déployer bras et jambes pour leur infliger une correction en bonne règle.

Mangeurs dits de margouillats, de caméléons et autres animaux, les Chinois ont, imagine-t-on, l’appétit si féroce que même les espèces les plus rares en tremblent pour leurs poils. Le pangolin s’est ainsi retrouvé dans leurs assiettes. Et ses défenseurs de s’en indigner : comment une telle bête qui ne se rassasie que de fourmis, peut-elle susciter la rage carnassière des compatriotes de Mao Tsé Toung ?  

N’ayant personne pour le défendre, l’animal a alors décidé, avance la rumeur, de se venger. Sa résilience aurait donné naissance au Corona Virus.

Les Béninois s’étaient échangé toutes les blagues dès qu’ils avaient commencé à entendre parler de cette maladie. Peu concernés, ils affirmaient que les animaux étaient en train de reprendre la main et que sous peu, les humains se retrouveraient sous leurs bottes comme dans le film Planète des singes. Cette blague a tenu jusqu’au jour où la réalité est devenue autre, quand le Corona s’est glissé dans les manches de nos boubous et dans les plis de nos pantalons. La fin du monde est alors abondamment évoquée. Le diable, fatigué d’agir par personne interposée, aurait décidé de porter un grand coup aux humains par l’entremise d’un petit être infinitésimal.

Dans les milieux populaires où les gens ont du mal à y croire, de se représenter un virus qui fait vaciller l’Occident, qui étale, le long des centres hospitaliers, beaucoup de morts, semble irréel. C’est pourquoi, ici, certains zems continuent d’embarquer à l’arrière de leurs motos parfois deux passagers. Si certains ont le masque, d’autres n’ont que leurs rires à arborer.

Dans les marchés, les mamans s’en remettent à Dieu. Les chapelets ne quittent plus les trousses et la Bible, comme le Coran, est ouverte aux pages d’où s’élèvent, entre deux ventes, des suppliques interminables. Mais avant l’aide céleste, les protections terrestres s’organisent. Les masques de toutes les textures, du papier hygiénique au pagne tchivi, du modèle acheté en pharmacie à l’artisanal douteux, couvrent de plus en plus les visages. Et les robinets, fixés dans les sceaux en plastique, libèrent des filets d’eau qui lavent les mains à l’entrée des boutiques.

Au Stade de l’Amitié, les nuits sont sévèrement anémiées. Les bars étant fermés, les belles de nuit ont du mal à trouver des clients. En passant sur l’esplanade, une fille, roploplos à découvert, démarche lascive, me hèle pour une séance pimentée.

   -Chéri, me dit-elle, suis pas chère, je te donne l’amour et tu seras content.

   -Comment fais-tu par ce temps de Corona ? lui demandé-je.

   -Tu vas travailler par derrière, c’est tout, devant-là, c’est pas possible.

Je redémarre. Elle court derrière ma voiture, manque de peu de se faire écraser. Elle voulait me consentir une baisse sur le prix pour qu’on y aille devant et partout à la fois.

Pendant ce temps, à Porto-Novo, sur le Boulevard du Cinquantenaire, un fou au milieu de la route, piétine furieusement le sol. Il semble en rage contre un adversaire qu’il tient à réduire de ses pieds.

   -J’ai tué Corona, fait-il, triomphalement en levant les bras au ciel.

Puis, il se baisse et, de sa langue, se met à lécher l’endroit. On y avait dessiné un rond représentant le virus. Et le fou, le prenant à cœur, a tenté de le vaincre.

   -De toutes les façons, fait un SDF qui fume un mégot de cigarette trouvé dans la rue, les maladies arrivent, tuent et passent, si ce n’est pas ebola, c’est Corona. Tout le monde s’agite quand ces saloperies viennent, mais personne ne pense à l’autre curable à peu de frais et dont nous autres souffrons tout le temps : la misère.


Florent COUAO-ZOTTI est né en 1964 à Pobé, Bénin. Ancien professeur de lettres, journaliste et auteur de vingt-trois livres, il est lauréat de plusieurs distinctions dont le Prix de l'Académie française. 

 

 


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