30.06.2020

Impact de la Covid-19 sur les efforts en cours pour la paix et la sécurité dans la Corne de l'Afrique

L'analyste de sécurité Hafsa Maalim écrit sur les fissures et opportunités des efforts en cours pour la paix et la sécurité dans la région de la Corne de l'Afrique.

Image: of AMISOM/Steven Candia Des soldats d'AMISOM de l'Ouganda dans le district de Wadajir près de Mogadiscio, Somalie, aident à empêcher que le virus se propage.

Le début de la Covid-19 a eu un impact sur les interventions étatiques et multilatérales visant à prévenir et à atténuer les conflits dans la Corne de l'Afrique. La pandémie a détourné l'attention des réponses de paix et de sécurité, les ressources déjà limitées étant réaffectées à des mesures humanitaires immédiates telles que la sécurité alimentaire et l'achat de matériel médical. Malgré ces limites, les réponses structurelles et normatives aux défis actuels de la paix et de la sécurité dans la région se sont poursuivies.

Sur le plan des politiques, les réponses politiques multilatérales à la pandémie n'ont pas expressément répondu à l'impact de la Covid-19 sur la paix et la sécurité, mais elles sont toutefois inscrites dans une optique de sécurité humaine. Le Conseil de Paix et Sécurité de l'Union Africaine a qualifié la pandémie de « menace sans précédent pour la sécurité humaine et les économies nationales », laissant place à des réponses centrées sur la sécurité humaine, en se concentrant sur l'insécurité alimentaire et les moyens de subsistance en accordant une attention particulière aux groupes vulnérables, notamment les PDI, les réfugiés, les jeunes, ainsi qu'une réponse sexospécifique à l'augmentation de la violence sexuelle et sexiste. 

Prenons le cas de la Somalie, la Mission des Nations Unies en Somalie (MANUSOM), la Mission de l'Union Africaine en Somalie (AMISOM), en étroite collaboration avec le Bureau de l'IGAD de l'Envoyé Spécial pour la Somalie, ont continué de soutenir les efforts de consolidation de la paix et de renforcement de l'Etat, en particulier aux élections, au constitutionnalisme et à l'Etat de droit, ainsi qu'à la prévention des conflits et à la médiation. Détaillé dans le  rapport du 13 mai du Secrétaire Général des Nations Unies sur la Somalie au CSNU, en préparation du modèle électoral à un tour prévu pour 2020-2021, l’appui technique et financier à la Commission Electorale Nationale Indépendante (NIEC) s'est poursuivi. De même, le Groupe de travail sur la sécurité électorale nationale a continué d'examiner le projet de concept de sécurité pour l'inscription des électeurs. Les efforts déployés en vue de respecter le délai électoral prévu ont toutefois été réduits par l’apparition du coronavirus. Le retard dans la reprise des activités du Parlement en raison de la pandémie a par la suite mis un frein à la lecture des amendements portant loi sur les partis politiques. On aurait pu s'attendre au report des élections au mars 2021 (annoncé le 27 juin 2020) car les mesures de distanciation sociale auraient rendu impossible les mesures de préparation des élections, comme par exemple l'inscription des électeurs.

Les restrictions imposées pour endiguer la propagation du virus ont également eu un impact sur les efforts en cours visant à prévenir et à lutter contre la propagation de la radicalisation, l'extrémisme violent et le terrorisme dans la région. A titre préventif, l'AMISOM, en plus des mesures de quarantaine obligatoires de quatorze jours, a suspendu les rotations programmées et les nouveaux déploiements. En revanche, le personnel non essentiel et civil a adopté des méthodes de télétravail. Ces mesures « retarderont probablement les opérations offensives tant attendues car les forces mobiles sont obligées de maintenir des positions défensives plus longtemps que prévu », a fait valoir le Commissaire de l'UA pour la Paix et la Sécurité. Ces perturbations surviennent dans le contexte de la menace aveugle persistante posée par Al-Shabaab, avec la dernière attaque contre une base militaire turque faisant deux morts. Dans le même domaine, la coopération entre l'AMISOM et les forces de sécurité somaliennes sera probablement affectée par le redéploiement des forces de sécurité nationales chargées de prendre des mesures antiterroristes cruciales pour faire appliquer les mesures gouvernementales telles que le confinement, les couvre-feux et la sécurité des frontières. Malgré ces défis, l'Union Africaine réitère que la lutte contre l'extrémisme « reste inébranlable, comme en témoignent les opérations offensives continues entreprises à travers le continent ». 

Malgré ces limites, la Covid-19 a offert à la région l'occasion de relever les défis de sécurité comme un tout. En avril, l'UA a convoqué une réunion virtuelle de Haut Niveau sur la Somalie, dans le but de mobiliser la communauté internationale vers une réponse commune à l'appui de la Somalie. Cette réunion intervient à un moment où les discussions sur l’avenir de la sécurité et de la capacité de création de l’Etat de la Somalie sont mûres, caractérisées par la fin imminente du Plan de Transition pour la Somalie (STP/PTS). De même,  la réunion de haut niveau du 24 juin sur le dialogue Somalie-Somaliland souligne une fois de plus que le concept de sécurité partagée dans la région est toujours d'actualité. Animé par S.E. Ismail Omar Guelleh et en présence du Premier Ministre éthiopien, Son Excellence Abiy Ahmed, le sommet a insufflé une nouvelle vie au dialogue entre les deux parties. Plus récemment, l'appel lancé par le Président de la République Fédérale de Somalie, S. E. Abdullahi Mohamed Farmaajo pour entamer le dialogue si nécessaire entre le Gouvernement Fédéral (FGS) et les Etats membres fédéraux (FMS) est un pas dans la bonne direction non seulement pour mettre fin à l'impasse entre le FGS et le FMS, mais aussi pour redynamiser le Conseil de Sécurité Nationale, organe essentiel au programme de renforcement de l'Etat.

La pandémie a sans doute mis en évidence des fissures dans les réponses à la paix et à la sécurité dans la région, la coordination entre ONU-UA-IGAD étant plus que jamais cruciale. La réponse à la Covid-19 offre donc une opportunité de renforcement de la coordination interinstitutionnelle en matière de paix et de sécurité. L'appel lancé par le Secrétaire Général des Nations Unies et le Président de la Commission de l'Union Africaine pour un cessez-le-feu mondial est un pas dans la bonne direction pour recentrer la discussion sur la Covid-19 et ses implications sur le paysage régional de paix et de sécurité. A cet égard, la mise en œuvre de la Déclaration des Chefs d'Etat de l'IGAD du 30 mars qui appelait à une stratégie de réponse régionale coordonnée et générale qui prend en compte « une approche pangouvernementale » est cruciale pour réaliser l'unité dans la région.

Hafsa Maalim est Analyste des Politiques dans la Corne de l'Afrique à International IDEA détaché auprès du Département de la Paix et de la Sécurité de l'Union Africaine.


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