05.05.2020

COVID-19 augmentera la concurrence des Elites pour les ressources

L’activiste sud-soudanais Edmund Yakani sur les multiples défis pour son pays

Image: of Sumy Sadurni Investir dans les armes au lieu de dans la santé : Des rebelles du SPLM-IO posant avant la signature du traité de paix en Février 2020

Au Soudan du Sud, COVID-19 frappe un pays extrêmement fragile avec l'une des populations les plus vulnérables du monde. Le pays compte à ce jour (4 mai 2020) 46 cas de virus Corona et aucun décès. Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), plus de la moitié de la population du Soudan du Sud – 6,5 millions de personnes – étaient déjà confrontées à une grave insécurité alimentaire avant l'arrivée du virus. Selon le gouvernement, le pays dispose de 24 lits, de quatre respirateurs (avec cinq vice-présidents !), et de 0,15 médecin pour 10 000 habitants.

FES-Soudan du Sud s'est entretenu avec Edmund Yakani, Directeur Exécutif de Community Empowerment for Progress Organisation (CEPO), partenaire de la FES et militant bien connu de la société civile à Juba sur les moyens dont dispose le Soudan du Sud pour faire face aux nombreux défis.

FES : Comment le Soudan du Sud peut-il se préparer à l'urgence médicale et à l'impact social de la pandémie dans un Etat et une société aussi fragiles ?

Yakani : Il est nécessaire pour le Soudan du Sud d’améliorer de toute urgence son système de santé, allant du financement public à la capacité des ressources humaines en passant par les infrastructures de santé. Le défi est que le pays est actuellement au stade de post-conflit où de nombreux fonds publics ont été investis dans le secteur de la défense et de la sécurité. Pour faire face à la pandémie de COVID-19, le Soudan du Sud doit augmenter de toute urgence ses dépenses dans le secteur de la santé, et ceci de manière transparente.

Mais il sera très difficile d'adhérer aux mesures de confinement liées au COVID-19 puisque la grande majorité de nos concitoyens dépendent de l'économie monétaire, d'un revenu quotidien ; et le gouvernement dispose de peu de ressources pour fournir un moyen de subsistance alternatif à ses citoyens.

Comment le pays peut-il et doit-il faire face à la double menace des restrictions relatives au COVID-19 et d'une invasion acridienne ? Pouvez-vous nous décrire la situation dans le pays ?

Outre les problèmes politiques pour ses citoyens, le Soudan du Sud a désormais deux menaces supplémentaires liées au COVID-19 et l'invasion acridienne qu’il a besoin de gérer stratégiquement et planifier. Le risque que l'une des deux menaces soit négligée par le gouvernement est élevé, car nous disposons d'un groupe d’intervention national de haut niveau pour la lutte contre le COVID-19, mais sans accorder la moindre attention au problème de l'invasion acridienne.

La situation au Soudan du Sud en ce moment-même menace les moyens de subsistance des citoyens. Ensemble, les restrictions relatives au COVID-19 et l'invasion acridienne réduisent les opportunités pour les citoyens de maintenir leurs moyens de subsistance. Les incidents d'insécurité ont donc fortement augmenté dans tout le pays. Les violences intercommunautaires meurtrières ont doublé par rapport à la période d’avant COVID-19 et l'invasion acridienne, et les crimes commis par des individus ou des groupes armés ont augmenté à travers le pays.

Après l'accord de paix et la formation d'un gouvernement de transition d'unité nationale (TGoNU) en février, les positions des gouverneurs des dix Etats ne sont toujours pas pourvues de représentants du gouvernement et de l'opposition. Quelle est la situation politique actuelle ?

La mise en œuvre de l'accord de paix est totalement en retard et en particulier les dirigeants des parties n'ont pas assez de temps pour se concentrer sur la mise en œuvre des dispositions de l'accord de paix. Les chances sont grandes que les parties utilisent la menace posée par le COVID-19 comme excuse pour retarder davantage la mise en œuvre de l'accord de paix.

La formation des gouvernements des Etats et des commissions indépendantes, la dissolution et la reconstitution de l’Assemblée nationale et du Conseil d'Etat sont tous retardés parce que les parties n'ont pas la volonté politique pour mettre en œuvre l'accord de paix.

L'absence de l'Etat et des autorités locales a accéléré la violence intercommunautaire mortelle au niveau national. Les deux principaux acteurs qui ont signé l'accord de paix ont récemment adopté une approche militaire vis-à-vis les non-signataires. Les récents affrontements militaires dans diverses parties de l'Etat de l'Equateur central entre les forces de l'armée gouvernementale (les Forces de Défense Populaires du Soudan du Sud avec leurs partenaires de paix SPLA/M-IO) et le Front de Salut National constituent une violation de la récente Déclaration de Rome signée entre signataires et non-signataires de l'accord de paix.      

Vous attendez-vous à ce que la menace de la pandémie surmonte les impasses politiques ? Ou la crise supplémentaire polarisera-t-elle davantage la politique et les combats internes pour les ressources ?

La menace commune de la pandémie, si elle continue, aggravera les choses, car certaines parties en profiteront pour saper les solutions aux impasses politiques. Deuxièmement, l'impact de la pandémie augmentera la concurrence des élites. Les acteurs sont susceptibles d'utiliser la violence comme moyen de prendre le contrôle des ressources les plus limitées ; ou pour accéder à de nouvelles ressources telles que l'or, les ressources forestières et d'autres minéraux, puisque les prix du pétrole sont en train de chuter de façon drastique. 

Quel peut être le rôle de la mission de maintien de la paix des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) pendant la pandémie et la nouvelle phase de transition avant les élections ?

La MINUSS devrait aider à combattre le COVID-19, en particulier au niveau des gouvernements des Etats où les capacités sanitaires sont très insuffisantes pour préparer une riposte efficace. Nous avons également besoin de la Mission des Nations Unies pour l'engagement communautaire dans le processus civique à venir avec un recensement de la population et des élections ; c'est-à-dire pour soutenir les réformes politiques dans la transformation du pays d'une société violente à une société pacifique. Parce que tant que la violence offrira aux acteurs sud-soudanais le pouvoir de contrôler les ressources, ils ne se soucieront pas de la transformation démocratique.  

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