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08.03.2022

"Nous devons devancer la diffusion de la désinformation."

Le travail de démystification doit s’accompagner d’une stratégie en amont afin d'enrayer la propagation de la désinformation, expliquent Alberto Neidhardt et Paul Butcher dans leur dernière publication pour le European Policy Centre.


La question migratoire fait l'objet de vifs débats dans la course à l'élection présidentielle française. À côté des arguments étayés par des faits, la désinformation et les fake news sur la migration sont en nette progression. C’est dans ce contexte que nous nous sommes entretenus avec Alberto-Horst Neidhardt et Paul Butcher au sujet de leur dernière publication pour le European Policy Centre : From debunking to prebunking: How to get ahead of disinformation on migration in the EU.

FES : Les campagnes de désinformation ont souvent pour but de donner le ton et d’influencer le contenu des débats, d’alimenter les peurs du public et de renforcer les discours clivants. La désinformation autour des questions migratoires est-elle marquée par des thèmes récurrents?

M. Neidhardt :La question migratoire est un sujet sensible qui, depuis 2015, a animé de plus en plus les discussions politiques en Europe. Elle est devenue un thème central des campagnes de désinformation. Ces dernières, d’après nos recherches, décrivent les migrants comme des envahisseurs qui ébranlent les traditions nationales, commettent des actes de violence ou représentent une menace économique. Pratiquement tous les récits ont en commun des angoisses liées à la santé, aux biens et à l’identité. En d’autres mots, la désinformation en matière de migration tire profit des systèmes de valeur et des besoins les plus pressants des lecteurs. Et elle les amplifie au cours du processus. En outre, les discours de désinformation sont en évolution constante et s’adaptent aux différents cycles d’actualités. Ainsi le nombre de fausses informations relatives à la santé a augmenté suite à l'apparition de la pandémie de COVID-19. Plus récemment, la théorie de l’invasion a resurgi après la prise de pouvoir des Talibans en Afghanistan, suivie de la crise frontalière avec la Biélorussie.

FES : Qu’ont fait, jusqu’à présent, l’UE, ses États membres et d’autres acteurs pour contrecarrer cette désinformation et promouvoir une approche plus inclusive et reposant sur des faits en matière de migration ?

M. Butcher : La réponse aux menaces de désinformation a été essentiellement réactive jusqu’à présent. Plutôt que vouloir susciter un changement de débat, de nombreuses initiatives visent aujourd’hui à lutter contre la désinformation en vérifiant les faits et en démentant les fausses informations : une histoire ou une affirmation commence à circuler, puis une organisation de la société civile en vérifie la véracité et rédige un article pour la rectifier, le cas échéant. Le site « EU vs. Disinfo », du Service européen pour l'action extérieure (SEAE) est un bon exemple à cet égard. Il analyse les fausses informations liées au Kremlin.

À côté de cela, les institutions de l’UE et les États membres insistent sur une approche plutôt « technique », en obligeant notamment les réseaux sociaux à trouver et supprimer les bots informatiques, à réprimer plus sévèrement l’utilisation abusive de leurs plateformes, à accroître la transparence de la publicité, etc.

FES : Ces approches sont-elles suffisamment efficaces pour faire face à la désinformation et à ses conséquences préjudiciables ?

M. Butcher : Les informations fausses et trompeuses, habituellement porteuses d’une dimension émotionnelle, ont tendance à se propager très rapidement – souvent beaucoup plus que celles qui s’appuient sur des faits. Nous en sommes conscients. C’est pourquoi, dans notre dernière enquête (From debunking to prebunking: How to get ahead of disinformation on migration in the EU), nous plaidons pour que le travail de démystification (debunking) des fake news s’accompagne d’une stratégie en amont (prebunking), de façon à anticiper leur propagation.

Les efforts de l'UE commencent à aller dans ce sens. Le SEAE, par exemple, a mis en place un « système d'alerte rapide » qui détecte les signes précoces de menaces de désinformation. Le mandat du SEAE étant toutefois limité, ce système ne couvre que les menaces provenant de pays situés hors de l’UE, comme la Russie et la Chine. Nous préconisons dès lors une approche indifférenciée, propice à des interventions ponctuelles, indépendamment de l’origine de la désinformation.

FES : Dans votre étude récente, vous mettez en avant trois méthodes à court et moyen terme, censées aider les acteurs de la communication qui anticipent les fausses informations : contrôle, alerte précoce et prévision. Comment fonctionnent ces méthodes en pratique ?

M. Neidhardt : Il faut bien se préparer parce que la désinformation circule vite. La première étape consiste à rester informé des dernières tendances dans ce domaine en assurant un contrôle en temps réel. De cette façon, tous les intéressés peuvent comprendre les contours des fausses informations, comment s'effectue la diffusion et quelles réponses efficaces doivent être apportées. Les alertes précoces et les prévisions s’appuient sur ce travail de contrôle. Grâce aux mesures d'alerte rapide, les personnes vérifiant la véracité des faits et les professionnels de la communication peuvent évaluer la portée et l’impact potentiels des fake news et élaborer rapidement des réponses si nécessaire. Bien qu’il soit important de réagir avec célérité, cette approche est « réactive » et présente le risque de reproduire de fausses affirmations ou de leur donner plus de visibilité.

Des événements récents, comme ceux survenus en Afghanistan et en Biélorussie – qui n’étaient pas imprévisibles, de l’avis de différents analystes -, ont montré la nécessité d’une meilleure préparation et de stratégies proactives. C’est ici que la prévision joue tout son rôle : en analysant systématiquement les scénarios possibles à l’avenir, il serait possible de prévoir quels récits et modèles de désinformation pourraient être utilisés en réponse à certains événements, et à l’attention de quels groupes de population. Ainsi les acteurs de la communication pourraient évaluer les risques futurs éventuels et, le cas échéant, réfuter à l’avance les discours de désinformation s’appuyant sur des messages argumentés et d’autres stratégies préventives.

FES : En 2020, vous avez mené une étude sur la lutte contre la désinformation en matière de migration. Vous aviez alors préconisé de recourir à des récits alternatifs étayés par des faits. Cette stratégie fonctionne-t-elle encore avec ces idées ?

M. Butcher : Le scénario idéal serait que les discours de désinformation rencontrent un public moins crédule. La demande serait donc moins importante a priori. Un moyen d’y parvenir serait de modifier le débat en proposant un récit différent, plus équilibré, plus proche des faits, c’est-à-dire une alternative susceptible de détourner l’attention des fausses informations populaires. Nous espérons que nos stratégies de démenti préalable, à court et moyen terme, pourront contribuer, d’une part, à informer et à préparer le contenu de tels messages et, de l’autre, à les placer au bon endroit et au bon moment. Les acteurs de la lutte contre la désinformation pourraient ainsi disposer d’une plus grande palette d’instruments de communication. Et la désinformation se heurterait de plus en plus à un environnement hostile à sa propagation.

FES : Outre les approches à court et moyen terme, vous évoquez également la possibilité d’augmenter la résilience à la désinformation sur le long terme, notamment en éduquant la société aux médias et au monde de l’information. Dans quelle mesure cette résilience pourrait être utile ?

M. Neidhardt  : Il faut aider les citoyens européens à se familiariser à l’environnement médiatique et à bien saisir le rôle particulier que la désinformation y joue. S’ils ne comprennent pas les dangers inhérents à cette dernière, ni les risques de manipulation, les fausses informations continueront de se multiplier et de proliférer, rendant les débats encore plus polarisés.

C’est la raison pour laquelle l’éducation aux médias et au monde de l’information devrait être encouragée. Plutôt que d’être informés de récits mensongers individuels, les individus devraient pouvoir faire preuve d’esprit critique afin de reconnaître et de rejeter les partis pris et la manipulation. Nous pensons que d’autres personnes pourraient ainsi être protégées, des lecteurs « vigilants » étant à même de filtrer les informations manipulées qu’ils observeraient en ligne.

FES : Vous préconisez également de renforcer l’« éducation à la migration ». Que voulez-vous dire ?

M. Neidhardt : L’esprit critique dont il faut faire preuve pour identifier la désinformation et s’y opposer varie en partie en fonction de chaque sujet. La migration est un thème éminemment complexe qui peut être facilement déformé ou dénaturé par les spécialistes du genre. Elle est aussi liée à des questions sociales et politiques plus vastes, d’une grande importance symbolique et historique, comme la religion, l’identité et les frontières.

Les faits et les éléments de preuve en matière de migration sont souvent complexes et difficiles d’accès. Nous appelons donc à encourager aussi l’« éducation à la migration » afin de contribuer à une compréhension et une sensibilisation accrues dans ce domaine. Ces efforts devraient viser directement les acteurs jouant un rôle « intermédiaire », notamment les journalistes et les professeurs. Ces derniers seraient ainsi appelés à devenir des « gardiens » face à la désinformation, tandis que seraient créées les conditions préalables nécessaires à un débat public plus équilibré et argumenté.

FES : Sur la base de vos recherches, quelles difficultés pourraient rencontrer les décideurs politiques en matière de lutte contre la désinformation ? Et quelles sont vos recommandations pour aller de l’avant ?

M. Neidhardt  : Rien de tout cela n’est simple. Les défis sont très nombreux, aussi bien sur le plan pratique que politique. La lutte contre la désinformation doit d’abord aller de pair avec la protection de la liberté d’expression et la promotion d’un débat public démocratique et inclusif.

Il est important que tous les citoyens, indépendamment de leurs opinions et de leurs convictions, approfondissent leurs connaissances sur les questions migratoires, les médias et le monde de l’information. De la sorte, ils pourront faire leurs choix en connaissance de cause, sans qu’ils ne soient poussés à prendre parti pour un camp ou un autre dans les débats.

M. Butcher : La promotion de l’éducation aux médias et à la migration à l’école dépend toutefois, dans une large mesure, des programmes éducatifs de chaque État membre ainsi que des connaissances et de la sensibilisation des professeurs. Et en ce qui concerne d’autres groupes démographiques, comme les personnes âgées ou les individus déjà sous influence des fake news, des efforts soutenus et de longue haleine devront être déployés pour éliminer les barrières qui ne manqueront pas de se dresser. L’objectif, cependant, est de fournir des informations facilement accessibles et de permettre aux citoyens, indépendamment de leurs opinions, de leurs convictions et de leur origine, de prendre des décisions éclairées. Alors seulement, nous prendrons le dessus sur la désinformation et pourrons profiter de débats plus équilibrés et argumentés.

Traduit de l’anglais par Voxeurop

 

Source:

Enquête 2020: Fear and lying in the EU: Fighting disinformation on migration with alternative narratives

Enquête 2021: From debunking to prebunking: How to get ahead of disinformation on migration in the EU


À propos des auteurs

Paul Butcher est un ancien analyste politique au sein du programme politique et institutions européennes du European Policy Centre (EPC). Ses intérêts de recherche principaux concernent la désinformation et la politique technologique, la démocratie et la participation des citoyens, ainsi que l'élargissement de l'UE aux Balkans occidentaux. Depuis 2022, il est conseiller politique de l'Alliance libre européenne, qui fait partie du groupe des Verts/ALE au Parlement européen.

Alberto-Horst Neidhardt est analyste politique au sein du programme européen sur la migration et la diversité du European Policy Centre (EPC). Ses domaines de recherche comprennent les questions d'asile, de migration et d'intégration, en particulier la politique de la migration et le droit de l'Union européenne. Il donne également des cours de droit comparatif et de pluralisme juridique à l'Université d'Anvers. Avant de rejoindre l’EPC, il était doctorant en droit à l'Institut universitaire européen (IUE), assistant d'enseignement à la School of Oriental and African Studies (SOAS) et assistant de recherche à la Queen Mary Université de Londres. Il est titulaire d'un doctorat et d'un LLM en droit comparatif, européen et international de l'IUE et d'un Master en études du droit international et comparatif de la SOAS.

 

 

 

 

 

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