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Débats
La France
et l'Allemagne
au sein de l'Europe
Document PS/SPD sur la Méditerranée et le Moyen Orient
Publication No. 5/1998
- L'Europe est étroitement liée aux pays et aux peuples de la Méditerranée et du Proche-Orient, par la proximité géographique, les liens historiques et culturels, et les intérêts en matière d'échanges économiques, d'énergie, de sécurité et d'environnement.
- Les droits de l'homme et les processus de démocratisation jouent un rôle comme facteur de stabilité, de développement et de progrès social plus important dans le monde contemporain. La conférence mondiale qui leur a été consacrée en 1993 a constaté, après débats le caractère universel des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il est du devoir de tous les états de les promouvoir et de les protéger, indépendamment de leurs systèmes politiques, économiques et culturels respectifs, même s'il ne faut pas négliger les particularités nationales et les contextes historique et culturel.
Les politiques allemande, française et européenne, soucieuses d'éviter toute confusion entre l'universalité des droits de l'homme et l'hégémonie occidentale, entendent employer en ce domaine les mêmes poids et mesures dans toutes les situations.
- Le dialogue entre les cultures, auquel socialistes français et sociaux-démocrates allemands sont également attachés, se fonde sur des valeurs communes de liberté et de justice, et sur le refus de toutes les violences. Les siècles d'enrichissement réciproque et d'histoire commune de part et d'autre de la Méditerranée, ainsi que la présence dans nos deux pays d'une importante population originaire de la rive sud de la Méditerranée, constituent une base solide pour ce dialogue.
- Cette région représente aussi pour l'Europe un enjeu en matière de sécurité, par la place qu'elle continue à tenir, malgré les efforts de diversification, pour l'approvisionnement en énergie, et aussi parce qu'elle peut receler un certain nombre de risques, liés à la détention par certains états d'armes nucléaires, bactériologiques et chimiques, et au terrorisme politique.
- C'est pourquoi l'Union européenne doit avoir en Méditerranée une politique coordonnée et cohérente, ce qui ne s'oppose pas aux liens particuliers entre certains pays de la région et de l'Union européenne. La France et l'Allemagne y ont, comme certains autres pays européens, des liens historiques anciens : la France dispose de relations anciennes et d'importance avec certains pays de la rive sud et est, qui restent étroites jusqu'à ce jour ; l'Allemagne a conscience de son implication historique dans le conflit israélo-palestinien. Il appartient d'autant plus à l'Europe de définir son rôle spécifique dans cette région que les Etats-Unis, dernière grande puissance et seule puissance globale, y poursuivent des intérêts géostratégiques globaux, qui peuvent marquer des divergences avec ceux de l'Europe.
- Les accords d'association avec l'U.E., la coopération mise en place dans le cadre des accords de Barcelone, et plus généralement la mondialisation imposent aux économies nationales des pays de la Méditerranée et du Moyen-Orient de s'ouvrir aux marchés mondiaux, et d'ouvrir leurs marchés aux produits européens. Pour maîtriser ces défis, les états de la région doivent poursuivre et intensifier la mutation de leurs productions, de leurs services et de leurs finances. Pour cela, ils ont besoin d'une aide, notamment financière, en particulier de la part de l'Europe. Seuls des taux de croissance durablement élevés, supérieurs à ceux affichés par les pays d'Europe, permettront à ces états de venir à bout de leurs problèmes sociaux, qui sont aussi une conséquence de leur croissance démographique. Les perspectives de progrès économiques et l'augmentation du niveau de vie contribueront à un meilleur contrôle des migrations, en particulier chez les plus jeunes générations.
- La nécessité d'harmoniser les attitudes vis-à-vis de l'environnement et des ressources naturelles apparaît nettement, notamment du fait du manque d'eau potable dans de grandes parties du Proche et du Moyen-Orient. Si la croissance démographique se poursuit, si l'agriculture reste inadaptée et si le développement économique continue de s'accompagner d'un gaspillage des ressources, ce problème risque de prendre des dimensions explosives. Les prévisions sur la poursuite de la baisse de la quantité d'eau disponible par habitant, les conflits à propos des projets de barrages, et les négociations difficiles sur l'utilisation des eaux du Jourdain, permettent d'imaginer l'ampleur du potentiel de conflit social, écologique, économique, et même militaire.
- «Parler plutôt que de s'armer« est le principe de la politique extérieure et de sécurité des gauches démocratiques. Depuis le milieu des années 80, plusieurs tentatives visant à mettre en place un processus de paix et de coopération avec les états de la Méditerranée et du Moyen-Orient, basé sur les principes de la CSCE (Conférence sur la Coopération et la Sécurité en Europe), ont eu lieu. Cela implique d'obtenir la participation de tous les états de la région. L'objectif pourrait être un code de bonne conduite, similaire à celui de l'acte final d'Helsinki pour la CSCE, qui comprend le renoncement à la violence, la résolution pacifique des conflits, la non-ingérence, la coopération entre les états et le respect du droit international et des traités. Des mesures de confiance devraient permettre le désarmement ou au moins le contrôle des armements conventionnels, aussi bien que des armes nucléaires, bactériologiques et chimiques (Israél, mais aussi l'Iran, la Libye et hier l'Iraq, possédant ou étant en voie de détenir ces armes).
- Pour l'Europe, aussi bien que pour les états du Maghreb et du Moyen-Orient, le terrorisme constitue un problème de sécurité d'un nouveau genre, qu'il s'agisse du terrorisme politique pseudo-réligieux exercé par des individus ou des groupes ou du terrorisme d'état. Face à ce terrorisme, le monopole de la force doit rester à l'état. Les traités et les efforts déployés par les états du Proche et du Moyen-Orient pour lutter contre le terrorisme dans la région doivent se poursuivre. Les mesures de boycott diplomatique et économique ne sont pas un moyen efficace pour se défendre contre le terrorisme d'état. Il ne peut être éliminé que grâce à la coopération en matière de sécurité. Faire participer ces états à une coopération en matière de sécurité nécessite d'imposer le droit international, de prendre clairement en compte les droits de l'homme, et d'éviter que les états occidentaux n'évaluent les différents états selon des échelles qui varient en fonction de leurs intérêts particuliers.
- L'élection d'un Gouvernement d'extrême droite en Israél a conduit le processus de paix à une sorte d'épuisement. Les dernières déclarations du Gouvernement israélien font craindre que ce processus de paix, entamé à Madrid, Oslo et Washington avec tant d'espoir, ne trouve bientôt une fin définitive. Elles sont le signe d'une détérioration grave et inquiétante de la situation au Proche-Orient.
Il est important de préserver ce qui a été acquis par les accords d'Oslo I et II, la reconnaissance réciproque d'Israél et de l'OLP et les premiers retraits des forces israéliennes. Il faut continuer à demander ce qui n'a pas encore été réalisé, notamment l'arrêt de la politique d'implantation de colonies dans les territoires palestiniens, et la poursuite des retraits israéliens.
Le peuple palestinien a droit à l'autodétermination, et a le droit d'avoir son propre état. Pour cela, il faut résoudre les questions du statut de Jérusalem et des réfugiés palestiniens. Les socialistes français et les sociaux-démocrates allemands sont solidaires de tous ceux qui continuent de lutter, en Israél et en Palestine, pour une paix juste et durable, une paix fondée sur l'égalité des deux peuples devant le droit à la sécurité, à la paix et à la prospérité. Ils en appellent aux Gouvernements français et allemand, à l'Union européenne et à la communauté internationale, pour que chacun assume ses responsabilités et prenne de nouvelles initiatives, qui s'appuient sur le droit international et le droit des deux peuples et de leurs états à vivre à l'intérieur de frontières sûres et reconnues.
- Le PS et le SPD pensent qu'il est important de réintégrer l'Iraq dans la communauté internationale, et de lever les sanctions au fur et à mesure qu'il remplit les obligations imposées par l'O.N.U. Ils considèrent comme essentiel que le respect des aspirations légitimes des Kurdes d'Iraq, et des droits de l'homme dans l'ensemble du pays soient garantis, dans le cadre de l'intégrité territoriale de ce pays.
- Le PS et le SPD considèrent important de poursuivre le dialogue renoué avec l'Iran, dialogue portant notamment sur la sécurité dans la région ainsi que sur les questions de démocratie et de droit d e l'homme. Ils suivent avec attention et beaucoup d'espoir le mouvement et le débat lancé il y a un an par l'élection du Président Khatami.
- Pour les deux partis, le Maghreb est, et doit devenir plus encore, une priorité stratégique de l'Union européenne. Le PS et le SPD se réjouissent des évolutions politiques positives survenues au Maroc, et notamment de la formation du Gouvernement dirigé par A. Youssoufi. Ils considèrent comme essentiel pour l'Algérie et pour tout le Maghreb le retour à la paix civile en Algérie, sur la base de la construction d'un état de droit, de la démocratie et du renforcement des droits de l'homme et des libertés politiques. Les incertitudes concernant le règlement de la question du Sahara occidental, comme l'exclusion de la Libye de toute relation économique avec l'Europe, représentent des obstacles qu'il faut surmonter.
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