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Politik und Gesellschaft Online
International Politics and Society 4/2000


Andreas Wittkowsky

Michael Dauderstädt / André W.M. Gerrits
Dick Howard
Doris Lucke
Helmut Reisen / Marcelo Soto
Jürgen Wiemann

Hans-Jochen Luhmann

 

Andreas Wittkowsky

Options pour la consolidation du Kosovo

On est encore très loin de la seule option acceptable à long terme pour la région de l’Europe du Sud-Est, à savoir la consolidation de nations politiques modernes, basée sur la participation de tous les citoyens et non sur l’homogénéité ethnique. Au vu des nouvelles expulsions qui se sont produites même après la guerre du Kosovo, de l’insatisfaction des Kosovars face à la présence internationale et de la situation économique qui reste médiocre, on se pose de plus en plus la question de savoir si les coûts politiques élevés de l’engagement de l’OTAN sont justifiables. Pour un statut définitif du Kosovo, cinq options peuvent être identifiées. Ce sont, dans l’ordre croissant de leur degré d’autonomie et de souveraineté, le maintien comme partie de la Yougoslavie et de la Serbie, l’autonomie substantielle avec lien d’allégeance envers la Yougoslavie, l’autonomie substantielle dans le cadre d’un protectorat international de type particulier, la séparation ethnique des Serbes et des Albanais – éventuellement suivie d’un rattachement des unités partielles à l’Albanie et/ou à la Serbie –, et enfin l’indépendance – éventuellement suivie d’un rattachement à l’Albanie. Étant donné qu’à l’heure actuelle, il est difficilement concevable que l’une de ces options soit  légitimée par la population kosovare, la mission des Nations Unies au Kosovo devrait travailler avec cette possibilité de choisir. À ce propos, le principe de la coexistence pacifique entre les différents groupes ethniques reste la seule base possible pour un engagement international permanent. En définitive, la solution au problème du Kosovo ne peut cependant pas venir de l’extérieur, mais doit être réalisée par les Kosovars eux-mêmes. En attendant, le protectorat international doit être maintenu. Il pourrait être présenté comme « indépendance à l’essai » si un droit de cité au Kosovo était accordé à tous les Kosovars. En revanche, pour prendre une décision définitive sur le statut du Kosovo, il faudra se baser sur d’autres critères. L’indépendance du Kosovo ne peut être envisagée que dans la mesure où les frontières avec les États voisins restent inchangées et que les droits de tous les Kosovars sont respectés, quelque que soit leur appartenance ethnique. En attendant une solution acceptable pour toutes les parties intéressées, les Nations Unies et l’OTAN devraient garantir la base du financement de la présence internationale.

 

 

Michael Dauderstädt / André W.M. Gerrits :

Évolution, problèmes et encouragement de la transformation démocratique en Europe centrale et orientale

Dans le processus de transformation de l’Europe centrale et orientale, la démocratisation s’est réalisée surtout dans les pays qui étaient plus développés du point de vue socio-économique et relativement homogènes du point de vue ethnique, et qui avaient déjà fait l’expérience de la démocratie au cours de leur histoire. Tandis que les pays moins développés, qui étaient – presque dans l’ensemble – gouvernés par des régimes plutôt communistes totalitaires et clientélistes et qui ont eu tendance au cours de la transformation postcommuniste à faire des réformes plutôt hésitantes, les régimes communistes des pays développés se sont montrés plus ouverts aux réformes. Par la suite, la transformation économique et politique de ces pays a été en conséquence plus profonde. Malgré les perspectives catastrophiques dans cette région, les pays les plus démocratiques parmi ceux qui étaient concernés par la transformation se sont plutôt bien développés, notamment du point de vue économique. Cependant, dans ces pays également, l’insatisfaction envers le nouveau système est restée assez vive. Elle a conduit à de fréquents changements dans le comportement des électeurs et par voie de conséquence dans les gouvernements, sans toutefois menacer la stabilité de la démocratie en tant que telle. Une grande partie des pays moins avancés du point de vue économique ne peuvent toujours pas être considérés comme de vraies démocraties. L’encouragement à la croissance et à la prospérité devrait faire partie de toute stratégie d’encouragement de la démocratie. Cependant, la démocratie a également besoin du soutien de la société civile ainsi que d’une culture po

Dick Howard                                                        

De la politique de la volonté à une politique du jugement : le républicanisme aux États-Unis et en France

Le républicanisme, en France comme aux États-Unis, conteste un concept de démocratie libérale dont la justice procédurale certes garantit la liberté individuelle, mais en même temps masque les relations entre concurrents économiques et rend difficiles l’inclusion et la participation politique. Pour permettre l’inclusion politique, le républicanisme français s’engage en faveur d’une politique sociale étatique, tandis que le pendant américain souhaite aménager la communauté politique de manière à rendre possible l’inclusion sociale. Les différences entre le républicanisme français et américain sont dus aux différences dans le déroulement et les revendications de la révolution en France et aux États-Unis : en France, la tradition républicaine est née de la réaction jacobine à l’égoïsme individualiste apparu après l’effondrement de l’Ancien Régime. Aux États-Unis, le républicanisme  s’oppose au fait que la démocratie - à l’origine de participation - se soit transformée en une démocratie uniquement formelle régie par des lois et non par des hommes. Les deux modes de républicanisme englobent des éléments « activistes » : ils se considèrent comme une critique pratique des relations sociales données, mais ont des difficultés à désigner le sujet de l’action politique. Le transfert de la souveraineté du monarque à celle du peuple entraîne le problème insoluble de savoir comment une communauté d’individus particuliers peut créer une volonté d’agir collective. Si le républicanisme ne veut pas succomber à l’illusion d’une volonté populaire, il doit aspirer à une politique dépassant les limites de la « politique de la volonté ». La solution de remplacement est une « politique du jugement », qui se distingue surtout de la politique de la volonté par sa façon de traiter l’anomie de la société. De même que le beau se soustrait dans la critique de Kant sur le jugement à l’explication par les lois scientifiques, de même l’anomie se définit dans les sociétés modernes par le fait qu’elle n’est recensée par aucune loi. Cependant, elle n’est pas exclue de la communication politique – tout comme le beau, même s’il ne peut être prouvé de manière scientifique, est accessible pour la communication esthétique. Plus un ordre institutionnel est différencié, plus le danger qu’une institution se détache des autres pour incarner la « volonté du peuple» (checks and balances) sera minime, et plus la chance sera grande de voir des phénomènes particuliers, à l’origine « anomiques », réussir à se faire « entendre » par les institutions et à perdre ainsi leur caractère anomique. Une démocratie républicaine prise dans ce sens est dynamique, pluraliste et toujours ouverte aux innovations. Elle peut admettre des expériences qui sont faites à des niveaux inférieurs (par exemple au niveau des syndicats) ou supérieurs (par exemple au niveau de l’Union européenne) au niveau des institutions politiques admises par tradition.

 

Doris Lucke

La construction de la réalité comme marchandise: «L’ÉVOLUTION DES VALEURS » dans le monde occidental

Comme presque aucun autre diagnostic de la société au cours de ces vingt dernières années, l’« évolution des valeurs» a fait carrière dans le monde entier et incité à la discussion dans de nombreux pays industrialisés occidentaux, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du domaine des sciences sociales. Les diagnostics de la société, établis par des contemporains diplômés en sciences sociales, correspondent en règle générale aux diagnostics des contemporains qui n’ont pas ces diplômes. Ils classent - en les aggravant - les perceptions généralisées des profanes dans des catégories du domaine des sciences sociales. Ils décrivent l’état de la société, mais ne l’expliquent pas et ne fournissent aucune base aux prévisions. L’offre variée de diagnostics dans le domaine des sciences sociales reflète l’état de la société. Celle-ci est ébranlée et souhaite une orientation qui confirme les présomptions et les préjugés existants, mais elle n’est pas intéressée par une compréhension appropriée à la complexité de la réalité. Le discours sociologique de l’évolution des valeurs – il ne s’agit pas d’une théorie au sens propre – est un exemple révélateur pour ce genre de diagnostics de la société. Il est tout à fait typique pour la littérature sur l’évolution des valeurs de se servir de différenciations assez simples qui caractérisent des modèles idéaux. Parmi ces différenciations, l’une des plus populaire est celle qui fait la distinction entre les valeurs matérialistes et postmatérialistes. Cependant, si l’on s’attarde sur l’évidence empirique, on s’aperçoit que les catégories sont arbitraires et sans intérêt pour une réelle compréhension. Le succès durable qu’enregistrent dans le monde occidental des « théories » concernant l’évolution des valeurs tient au fait que ces théories correspondent au besoin d’interprétation et de signification du public. Pour ce genre de succès d’assimilation, les facteurs déterminants sont ceux qui en fin de compte relèvent du domaine du marketing. Les sciences sociales s’orientent en grande partie d’après ces critères, négligeant ainsi les véritables critères scientifiques de qualité.

 

HELMUT REISEN / MARCELO SOTO

Pourquoi l’Asie a aujourd’hui besoin de capitaux étrangers

Après la crise financière de 1997/98, la plupart des pays en voie de développement d’Asie orientale ont aujourd’hui des taux d’épargne de nouveau  très élevés qui permettent de financer une accumulation de capitaux extrêmement rapide. Ces pays gros exportateurs n’ont également aucun problème à obtenir les devises dont ils ont besoin pour importer des biens d’investissement et des matières premières. La stratégie consistant à donner une impulsion au développement économique au moyen de l’épargne nationale est d’ordinaire considérée comme plus efficace que celle qui consiste à recourir à l’épargne étrangère. Ceci est surtout valable après la crise financière qui a démontré avec évidence les risques de l’afflux de capitaux étrangers. Cependant, les pays d’Asie orientale auraient tout intérêt à se fier davantage à l’épargne étrangère, plutôt que de maintenir à tout prix leur taux d’épargne à un niveau élevé et de garder l’épargne à l’intérieur du pays. À long terme, ce dernier point aura pour conséquence que l’épargne sera investie d’une manière de moins en moins efficiente. Pour empêcher une baisse de l’efficience dans l’ensemble de l’économie nationale, il faut entreprendre des réformes structurelles qui mènent en un premier temps à un recule de l’épargne nationale, même si – en même  temps – elles créent  les conditions requises pour maintenir la croissance à un niveau élevé à l’avenir. Parmi ces réformes structurelles, citons la recapitalisation du secteur bancaire après la crise financière (au détriment de l’épargne publique) ainsi qu’une plus grande ouverture des marchés d’importation (au détriment de l’épargne privée). L’afflux de capitaux étrangers peut compenser le recul de l’épargne nationale et maintenir le rythme de l’accumulation de capitaux. Cependant, il va de soi que les capitaux étrangers peuvent également s’avérer profitables pour l’efficience économique. L’afflux de capitaux étrangers favorise entre autres choses le développement du marché financier, ce qui entraîne une baisse du prix des investissements et facilite les restructurations qui s’imposent depuis longtemps dans le secteur des entreprises. L’accès aux marchés financiers internationaux protège également du risque de chocs particuliers à ces pays et permet d’étayer le niveau de consommation en  temps de crise économique. Tous ces avantages doivent être pris en considération pour faire face au danger que représenterait un retrait massif de capitaux à court terme, comme lors de la crise financière de 1997/98. Les secteurs les moins menacés par ce danger sont les investissements directs étrangers et les crédits bancaires à long terme, à condition toutefois pour ces derniers que les banques nationales possèdent une base de capitaux propres suffisante. Les réflexions théoriques sur les avantages et les inconvénients de l’afflux de capitaux étrangers en comparaison avec l’épargne nationale ont été corroborées par une nouvelle évidence empirique dans la période allant de 1986 à 1997.

 

Jürgen Wiemann

« Green Card » pour les programmeurs indiens :

un défi pour la politique de développement

Dans le cadre de la discussion sur une « Green Card » allemande pour les spécialistes étrangers de l’informatique, on a particulièrement mis en avant les avantages pour le pays d’accueil et préparé ainsi de manière étonnamment rapide le terrain pour une politique d’immigration orientée sur les intérêts nationaux, sans toutefois discuter sérieusement des effets que pourrait avoir pour les pays d’origine le débauchage de spécialistes hautement qualifiés. Or, du point de vue de la politique de développement, cet aspect est d’une importance capitale. En effet, si la migration internationale de spécialistes de l’informatique et d’autres personnes hautement qualifiées issues de pays en voie de développement profite également aux pays exportateurs de main-d’oeuvre, il faudrait peut-être l’encourager davantage afin d’accélérer dans ces pays le développement économique et la modernisation technologique. Inversement, si les effets de la migration internationale sont dans l’ensemble néfastes pour les pays exportateurs de main-d’oeuvre, la coopération au développement pourrait au moins avoir un effet compensatoire, notamment en encourageant davantage l’enseignement et la formation dans ces pays. L’Inde est parvenue – mieux sûrement que la plupart des autres pays en voie de développement – à renverser en partie la tendance initiale à l’exode des cerveaux et à amener un grand nombre de spécialistes indiens de l’informatique ayant réussi à l’étranger – surtout aux États-Unis – à retourner en Inde ou du moins à investir leurs économies dans l’industrie informatique indienne. Le pays a ainsi jeté les bases de l’un de ses secteurs d’exportation les plus dynamiques. Le boom observé en Inde dans la production de logiciels serait aujourd’hui impensable sans l’expérience et les contacts des programmeurs indiens émigrés aux États-Unis et sans leur disposition – encouragée par l’État –à investir en Inde. L’exemple de l’Inde montre que la migration internationale de main-d’oeuvre hautement qualifiée ne doit pas forcément être un jeu à somme nulle où seuls les pays industrialisés peuvent gagner. Au contraire, si l’on encourage de manière appropriée par des stimulations et des politiques complémentaires de soutien l’échange de personnel dans les deux sens, les deux parties seront gagnantes. La coopération au développement pourrait alors permettre la formation de nouvelles structures en encourageant la coopération entre les utilisateurs de logiciels en Allemagne et les firmes d’ingénierie de logiciels dans les pays en voie de développement; ceci augmenterait la chance des spécialistes de l’informatique dans ces pays d’opérer sur le marché de l’exportation à partir de leurs sites

 

 

Hans-Jochen Luhmann                                                                                  

 

Marchandages et formules contre la catastrophe climatique

De POALI, PAMs et QUELROs

Le protocole de Kyoto reste en grande partie inachevé. Lors des négociations qui ont conduit au protocole, la structure naissante tripolaire de la politique climatique mondiale s’est très nettement dessinée. En réalité, les négociations ont été dominées par les États-Unis. Ces derniers ont entraîné les États participant à la conférence climatique dans une grande expérience sans précédent de l’utilisation de mécanismes flexibles. On a renoncé à coordonner des mesures de protection de l’atmosphère sur le plan international. Au lieu de cela, on a négocié des objectifs pour réduire les émissions nuisibles (surtout – mais pas seulement – de CO2). L’obligation qui a été négociée (en principe valable pour tous les pays industrialisés) et qui consiste à réduire de cinq pour cent (par rapport à 1990) jusqu’à la période allant de 2008 à 2012 les émissions de gaz nuisibles pour le climat, peut être réalisée de plusieurs manières. Cela aussi est un aspect de la flexibilisation générale que les États-Unis ont pu imposer à Kyoto. À l’heure actuelle, l’objectif de réduction des émissions qui a été négocié ne sert toutefois pas encore de directive pour des actions concrètes. Pour cela, il faudra encore toute une série de dispositions d’exécution qui doivent être fixées à la conférence de La Haye en novembre 2000. De la même façon, des sanctions pour la non-observation des obligations devraient y être convenues, afin que le protocole de Kyoto (il ne s’agit jusqu’à présent que d’une moitié de protocole) ne reste pas un « tigre de papier ». La stratégie de la délégation américaine, consistant à ne viser lors de la conférence de Kyoto que des formules abstraites flexibles, s’explique par l’opposition politique interne qui aurait sans doute bloqué tout accord susceptible de faire avancer les choses. Avec sa stratégie de flexibilité, la délégation américaine a tout de même montré que d’autres progrès sont possibles dans la politique climatique. Contrairement aux Américains, les Européens n’ont pas pu présenter de conception stratégique à Kyoto.


© Friedrich Ebert Stiftung | net edition malte.michel| 11/2000