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Politik und Gesellschaft Online
International Politics and Society 3/2001

Heidemarie Wieczorek-Zeul
Vers un nouvel ordre mondial. La politique structurelle globale, la politique de développement et leurs contributions pratiques

Mahdi Abdul-Hadi
Vers un nouveau chapitre dans le conflit israélo-palestinien

Roby Nathanson
Coopération économique entre Israël et les Palestiniens

Fritz Schatten
Retourner, mais où ? L’éternel drame des réfugiés palestiniens

Wolfgang Quaisser / John Hall
Comment préparer l’Union européenne à l’élargissement aux pays de l’est

Michael Ehrke
Produits frais...La crise de la vache folle, la politique agricole européenne et la défense du consommateur

Julia Kuschnereit
Politique commerciale contre travail des enfants ? L’effet limité des clauses sociales

Shahid Ashraf
Enfants travailleurs sans alternatives

Joachim Betz
L’effet limité des labels sociaux
Le travail des enfants dans le secteur du tapis en Inde

Reinhard Palm
Aménagement social de la mondialisation : label social et codes de comportement

 

Heidemarie Wieczorek-Zeul
Vers un nouvel ordre mondial La politique structurelle globale, la politique de développement et leurs contributions pratiques

Avec la mondialisation, la prise en charge d’un grand nombre de fonctions publiques est devenu impossible au niveau national et exige une coopération internationale à laquelle les pays pauvres sont de plus en plus mis à contribution (par exemple pour la protection climatique). Les pays riches industrialisés ont de plus en plus intérêt à ce que les pays en voie de développement soient en mesure de jouer un rôle dans les structures en formation de la « Global Governance », c’est-à-dire de la régularisation supranationale et de la résolution supranationale des problèmes. Les rendre capables d’assumer ce rôle devra être l’un des principaux objectifs de la coopération de développement. Pour renforcer l’aptitude des pays pauvres à agir et à prendre des responsabilités, il faut aborder le problème de manière globale et viser (a) les structures sociales et politiques de ces pays, (b) les conditions sur le plan international. Le premier élément demande une coopération de développement conçue politiquement qui ne perd jamais de vue les modifications souhaitées dans les pays partenaires. Le deuxième élément mène au concept de la politique structurelle globale. Au niveau mondial, les conditions générales doivent devenir plus favorables au développement. Les pays industrialisés notamment doivent faciliter aux pays en voie de développement l’accès aux marchés mondiaux, ils doivent sortir un grand nombre d’entre eux du gouffre de l’endettement et empêcher que leur développement ne soit entravé par une législation internationale restrictive en matière de brevets d’invention. La banque mondiale et le fonds monétaire international ont récemment pris d’importantes dispositions pour lutter de manière plus efficace contre la pauvreté. Toutefois, les réajustements nécessaires dans les pays industrialisés se heurtent encore à de fortes oppositions.

 

Mahdi Abdul-Hadi
Vers un nouveau chapitre dans le conflit israélo-palestinien
(Original: Towards a New Chapter of the Palestinian-Israeli Conflict)

Ce furent des considérations d’opportunité politique qui incitèrent en 1991 Israël et la centrale palestinienne à s’engager dans des négociations de paix. Face à une radicalisation croissante de la résistance palestinienne, Israël voulait en quelque sorte fortifier l’OLP comme le moindre mal. La centrale palestinienne qui se trouvait en exil, craignait de perdre le contrôle sur de nouvelles élites qui commençaient à percer dans les territoires occupés. De plus, les deux parties commençaient à reconnaître qu’il leur serait impossible d’atteindre leurs objectifs maximaux respectifs. Depuis, les événements ont cependant montré qu’Israël n’avait pas l’intention de concéder aux Palestiniens la souveraineté totale, même dans les 22 pour cent qu’il restait de la Palestine historique. Dans ses conditions, l’État israélien a fait preuve d’un esprit si restrictif et intransigeant qu’il ne pouvait être question de cohabitation équitable entre les deux peuples. Israël souhaitait purement et simplement la fin du conflit sans avoir à faire aucune concession. Là-dessus, les gouvernements du parti travailliste et du Likoud ne se distinguent pas essentiellement. Jusqu’à aujourd’hui, une réelle solution de paix n’aurait jamais pu être « vendue » au peuple israélien. Aujourd’hui, après la fin provisoire de ce qu’on a appelé le processus de paix, il faut s’attendre à ce que pour concilier l’Autorité palestinienne et l’État israélien, de nouvelles initiatives diplomatiques soient prises dans lesquelles il sera plutôt question de « normalisation » que de paix. Certains États arabes dépendants des États-Unis – que ce soit la Jordanie, l’Égypte ou le Qatar – joueront un rôle important et essaieront de renforcer leur propre position internationale. Arafat également se montrera de nouveau habile tacticien. Cependant, pour le peuple palestinien, une évolution dans le conflit suppose que l’opinion publique israélienne se montre prête à la réconciliation et exerce une pression politique en conséquence. En attendant, des sentiments anti-israéliens croîtront – également en Jordanie et en Égypte. La paix ne se fera probablement pas sans l’intervention d’une puissance protectrice internationale.

Ron Pundak
Le prix de la paix entre Israéliens et Palestiniens

(Original: The Price of Peace Between Israelis and Palestinians)

La paix exige un lourd tribut des Israéliens et des Palestiniens. Les Israéliens doivent se séparer de convictions qui ont marqué leur politique pendant des décennies. Ils doivent céder des régions qui étaient jugées indispensables à la sécurité d’Israël et accepter que ceux qui avaient juré la destruction d’Israël et qui furent longtemps considérés comme terroristes en obtiennent le contrôle. De plus, Israël doit renoncer à plus de cent colonies juives ainsi qu’à la souveraineté dans le secteur est de Jérusalem. Les Palestiniens doivent se rendre définitivement à l’évidence que plus des trois quarts de l’ancienne Palestine font désormais partie du territoire de l’État d’Israël et que pour la plupart des Palestiniens, un retour en Israël reste impossible. Le gouvernement palestinien doit lutter de manière active contre le terrorisme anti-israélien de ses compatriotes radicaux. Dans l’accord d’Oslo de 1993, les deux parties s’étaient mises fondamentalement d’accord pour payer le prix respectif. Sans être fixé dans tous les détails, cet accord ouvrait la voie vers une paix durable et prévoyait l’instauration d’un État palestinien souverain, quoique démilitarisé, essentiellement à l’intérieur des limites du cessez-le-feu de 1967. Les grandes colonies juives reviendraient à Israël, tandis que la Palestine obtiendrait de grands territoires dans la région de Gaza. Jérusalem servirait de capitale ouverte aux deux États. Pour les réfugiés palestiniens, l’accord prévoyait une réparation limitée, mais pas de retour massif en Israël. Le fait que de nouvelles montées de violence se soient produites depuis le mois de septembre 2000 malgré l’accord fondamental est dû à la mauvaise conduite du processus de paix. Mais la paix reste à long terme probable, car les prises de conscience fondamentales qui ont rendu le prix de la paix acceptable pour les deux peuples subsistent.

Roby Nathanson
Coopération économique entre Israël et les Palestiniens

Les Palestiniens dépendent à un tel point des échanges économiques avec Israël que toute interruption de ces échanges a pour conséquence une dégradation considérable de leur niveau de vie. Plus de vingt pour cent de la main-d’œuvre palestinienne travail
le en Israël. Les impôts qu’ils versent couvrent soixante pour cent du budget de l’Autorité palestinienne. De plus, Israël est le principal marché d’exportation pour les produits palestiniens. L’expérience a montré que toute « normalisation » des relations israélo-palestiniennes entraîne une amélioration immédiate de la situation économique en Palestine. L’économie israélienne elle aussi en tire parti, car le pays déplore un manque croissant de main-d’œuvre. L’échange économique ne peut bien évidemment se développer que s’il n’est pas entravé politiquement. Or, depuis l’explosion de la nouvelle Intifada, la demande d’une rupture durable de toutes les relations économiques avec les territoires palestiniens s’est de plus en plus répandue en Israël. Cependant, c’est ne pas une option réaliste à long terme. Même si à court terme les relations resteront instables et les escalades de la violence fréquentes, une intensification de la coopération économique serait souhaitable à long terme. Cela exige non seulement une stabilité politique, mais aussi un État palestinien souverain qui fonctionne.

Fritz Schatten
Retourner, mais où ? L’éternel drame des réfugiés palestiniens

Le rapatriement des réfugiés palestiniens est une revendication essentielle des Palestiniens dans leurs négociations avec Israël. Cependant, il est peu probable qu’elle puisse être satisfaite. Qui doit être considéré comme Palestinien ou réfugié palestinien? Si les autorités palestiniennes parlent de 3,5 millions de réfugiés, un grand nombre de ceux qui furent un jour expulsés sont aujourd’hui intégrés dans leur pays d’accueil. Cela concerne surtout la Jordanie et la première vague de réfugiés après 1948. En Arabie Saoudite et dans les États du golfe Persique, de nombreux anciens réfugiés font aujourd’hui partie de l’élite administrative, économique et culturelle, tandis que subsistent des camps de réfugiés – également en Jordanie –, qui symbolisent la revendication encore actuelle par les Palestiniens de leur patrie. Pour plusieurs gouvernements arabes, les réfugiés palestiniens constituent une masse politique disponible qui peut être mobilisée au gré des priorités politiques. Enfin, on ne sait pas vraiment où rapatrier les réfugiés palestiniens. Israël ne les accueillera pas, surtout après l’explosion de l’Intifada al-Aqsa qui a été soutenue par la minorité arabe des citoyens israéliens. Par ailleurs, les territoires autonomes palestiniens – la Cisjordanie et la bande de Gaza – sont déjà surpeuplées. Avant la deuxième Intifada, les conditions de vie dans la bande de Gaza étaient déjà plus précaires qu’à Baqa’a, le camp de réfugiés le plus austère de Jordanie. Un grand nombre des réfugiés eux-mêmes n’aspirent pas vraiment à un repatriement.

Wolfgang Quaisser / John Hall
Comment préparer l’Union européenne à l’élargissement aux pays de l’est

L’élargissement prévu de l’Union européenne aux pays de l’est est une entreprise importante. Or l’Union, telle qu’elle fonctionne actuellement – après les réformes de l’ « Agenda 2000 » et de la conférence intergouvernementale de Nice –, surmontera tout au plus le premier élargissement. L’adhésion de cinq à huit autres pays prévue dans des phases futures risque d’alourdir non seulement le budget de l’Union européenne, mais aussi ses processus de décision. Pour ces derniers, l’Union a besoin d’une délimitation plus nette des compétences entre les différents niveaux gouvernementaux. En fin de compte, on finira par aboutir à une sorte de confédération. L’Union a aussi besoin de repondérer les voix revenant aux différents pays membres, faute de quoi les pays qui apportent des contributions financières nettes au budget de l’Union auront un droit d’intervention politique trop faible. Afin que les dépenses de l’Union européenne puissent être maintenues après 2007 dans les limites qui ont été fixées en 1992 et dont l’extension ne pourrait être acceptée sur le plan politique, deux secteurs politiques doivent être entièrement restructurés : la politique agricole commune et les différentes politiques structurelles. La politique agricole devrait abandonner le système actuel de soutien des prix et le remplacer par des aides aux revenus directes pour les agriculteurs économiquement plus faibles. La politique structurelle ne devrait plus avoir pour objectif de soutenir les régions économiquement faibles, mais d’aspirer en priorité à une convergence des revenus dans tous les pays membres. L’aide issue des différents fonds structurels de l’Union européenne devrait presque entièrement profiter aux nouveaux États membres d’Europe centrale et orientale. Les réajustements requis dans la politique agricole et structurelle nécessitent comme cadre un « Agenda 2007 ».

Michael Ehrke
Produits frais...La crise de la vache folle, la politique agricole européenne et la défense du consommateur

La crise de la vache folle n’a pas été provoquée par de criminels producteurs ou consommateurs de farines de viande. Elle repose plutôt sur un risque inhérent au système de l’agriculture chimio-vétérinaire. Les accroissements considérables de la productivité dans l’agriculture moderne ont forcément été accompagnés d’un changement fondamental des produits et des procédés de production. Les produits agricoles ne sont plus des produits naturels, mais de nouvelles substances chimio-médicamenteuses combinées, dont l’effet sur l’organisme humain est souvent inconnu. La modernisation de l’agriculture se fait d’une part par l’intermédiaire du marché : les entreprises agricoles sont contraintes de réduire leurs coûts et d’accroître leur productivité. D’autre part, ce marché est limité par la politique agricole commune de l’Union européenne, qui honore les hausses de productivité, mais en même temps rend inutiles les restrictions de production. Une défense du consommateur efficace et orientée sur le produit est presque inapplicable face à une agriculture chimio-vétérinaireet et à une industrie alimentaire modernes. Elle risque d’échouer devant les défenseurs d’une économie de marché illimitée, devant la stratégie de marché agricole de l’Union européenne, devant l’influence des producteurs, et devant l’immense profusion et de combinaisons de substances. La défense du consommateur serait plus efficace si elle s’orientait non pas sur les produits, mais sur les procédés. À l’avenir, la politique agricole européenne aura le choix entre une libéralisation étendue, laquelle devrait s’accompagner d’une surveillance plus efficace et d’une modification du droit de la responsabilité, et un maintien des subventions, toutefois avec d’autres objectifs. Ces objectifs peuvent être définis sur le plan technologique (agriculture génétique contre agriculture écologique contre agriculture traditionnelle), sur des groupes déterminés (producteurs contre consommateurs) ou sur des objectifs métaéconomiques (environnement, élevage respectueux des espèces). Quoi qu’il en soit, le développement agricole ne restera pas longtemps un secteur mystérieux géré par des représentants d’associations et des bureaucrates. À l’avenir, il obligera les politiciens à opérer un « aménagement ».

Julia Kuschnereit
Politique commerciale contre travail des enfants ? L’effet limité des clauses sociales

On estime actuellement à 120 millions le nombre d’enfants contraints au travail, certains dans des conditions inhumaines. Cependant, une interdiction effective du travail des enfants qui n’en élimine pas les causes peut entraîner une détérioration de la situation des enfants travailleurs : face à une offre de main-d’oeuvre extrêmement variable dans de nombreux pays en voie de développement, un remplacement des enfants travailleurs par des travailleurs adultes, plutôt que d’entraîner une augmentation des salaires, diminuerait le revenu des familles. Pour les « formes les plus graves du travail des enfants » (convention 182 de l’OIT) en revanche (travail forcé, servitude pour dettes, prostitution, trafic de drogue), une interdiction effective est une condition fondamentale. Cependant, aucune législation nationale ni convention internationale n’a été jusqu’à présent en mesure de faire disparaître le travail des enfants même dans ses formes les plus « graves ». Dans le commerce international, on réclame des clauses sociales comme instrument effectif. Or, ces clauses ne concerneraient que la production d’exportation, qui n’emploie qu’une très petite partie des enfants travailleurs (environ cinq pour cent). De plus, il est bien souvent pratiquement impossible de prouver que des enfants ont travaillé à la fabrication d’un produit déterminé. L’effet des clauses sociales varie, selon qu’il est appliqué en fonction du produit, du secteur économique ou du pays. Il peut également nuire à des personnes non concernées, entraver l’évolution économique d’un pays et être utilisée de manière abusive à des fins protectionnistes. Toutefois, ces clauses peuvent aider à limiter « les formes les plus graves du travail des enfants » (pas le travail des enfants en général) et à améliorer la situation des enfants, en particulier en soutenant les acteurs locaux dans leur lutte contre le travail des enfants. Par contre, il est dans l’intérêt absolu des enfants que la communauté internationale multiplie ses moyens pour lutter directement contre les causes du travail des enfants. 

Shahid Ashraf
Enfants travailleurs sans alternatives

En Inde, entre sept et vingt-cinq pour cent des travailleurs de l’industrie du tapis sont des enfants. Le travail du nouage de tapis sert principalement à améliorer le revenu très médiocre des familles paysannes locales. Mais il existe également des enfants travailleurs migrants. Une partie des enfants sont placés en servitude pour dettes par leurs parents. Les propriétaires de métiers à tisser, eux-même confrontés à une forte pression économique, ont intérêt à employer des enfants même si leur rendement est comparativement moins élevé, car ils sont d’une part plus fiables, d’autre part plus facilement exploitables. Des campagnes internationales contre le travail des enfants, comme par exemple l’initiative « Rugmark », ont fait en sorte que l’opinion publique indienne s’intéresse plus au problème du travail des enfants et que les interdictions légales en matière de travail des enfants soient renforcées. Et effectivement, le travail des enfants a reculé depuis le lancement de ces campagnes. Cependant, la situation des enfants touchés ne s’est pas vraiment améliorée. En effet, ils n’ont presque aucune possibilité de remplacer de manière avantageuse le travail du nouage de tapis. Dans la plupart des cas, la fréquentation scolaire ne mène à aucun emploi plus rentable. Pour cela, il faudrait un développement rural qui crée de nouvelles activités économiques. En attendant, l’important serait de modifier les structures du secteur du nouage de tapis de manière à pouvoir réduire les abus. Cela ne sera guère possible sans coordination internationale. Pour pouvoir améliorer durablement la situation des enfants, il faut développer au niveau de l’administration autonome locale (panchayat) des programmes intégrés, pour lesquels il n’existe aucune recette miracle. À cette occasion, les campagnes internationales de lutte contre le travail des enfants devraient proposer leur aide en tant que partenaires.

Joachim Betz
L’effet limité des labels sociaux
Le travail des enfants dans le secteur du tapis en Inde

Les campagnes de labellisation constituent un instrument politique entre autres susceptible d’améliorer les standards sociaux dans les pays en voie de développement. Un objectif principal de ce genre de campagnes est l’abolition du travail des enfants. Elles interviennent surtout en Inde. L’un des principaux secteurs visés est l’industrie du tapis, qui en tant qu’industrie d’exportation (en Inde, seulement 3 pour cent des enfants travailleurs sont employés dans le secteur de l’exportation) peut être influencée par des campagnes internationales. L’instauration de labels sociaux a – d’après ce qu’il ressort des contrôles effectués – effectivement réduit le travail des enfants dans la « ceinture du tapis » en Inde. Par ailleurs, un affermissement de la législation indienne relative au travail des enfants a produit, peut-être sous l’influence de la campagne de labellisation, un effet au moins aussi puissant. Pourtant, le succès reste incertain: (1) Nous possédons encore trop peu d’informations fiables concernant l’étendue et les conditions de travail des enfants. (2) Les campagnes dites réussies pourraient amener les enfants travailleurs touchés, qui appartiennent exclusivement au secteur de l’exportation, à travailler dans des conditions encore plus mauvaises dans le secteur informel. (3) Vu la taille de la « ceinture du tapis » indienne, de ses infrastructures et de la structure de l’industrie du tapis (petites exploitations rurales), un contrôle concret des conditions de travail n’est guère possible. (4) Les familles des enfants débauchés devraient avoir la possibilité de gagner un revenu de remplacement ou de réduire les dépenses (prise en charge des frais de scolarité etc.). (5) Il faudrait pallier le manque d’institutions scolaires. C’est précisément à ce niveau-là que le soutien international pourrait porter ses fruits.

Reinhard Palm
Aménagement social de la mondialisation : label social et codes de comportement

Le label social « Rugmark » sur les tapis fabriqués en Inde et importés en Allemagne prouve que les produits ont été fabriqués sans travail des enfants. D’autres labels sociaux (par ex. « Transfair » pour le café) garantissent que certains standards sociaux minimaux ont été respectés lors de la production. Les labels sociaux scindent le marché en deux segments, dont l’un est « éthique » et l’autre conventionnel. Dans le segment « éthique », les consommateurs payent un prix plus élevé que le prix conventionnel, mais peuvent par leur achat exprimer leurs préférences sociales et contribuer à l’amélioration des conditions de vie des producteurs dans les pays en voie de développement. Ces labels sociaux peuvent être comparés aux codes de comportement entrepreneuriaux, même si ceux-ci sont moins directs. Les labels sociaux et les codes de comportement constituent un moyen efficace pour aménager la mondialisation – c’est-à-dire pour empêcher que la mondialisation économique ne devienne socialement une course vers l’abîme (« race to the bottom»). Ils conviennent mieux que les clauses sociales politico-commerciales contre le « dumping social », lesquelles touchent souvent des pays entiers – et non de manière ciblée les profiteurs de conditions de travail et de vie inhumaines. Toutefois, les labels sociaux et les codes de comportement doivent, pour être efficaces, répondre à certaines exigences : dans les pays industrialisés, ils doivent informer le consommateur de façon crédible, tandis que dans les pays en voie de développement ils doivent inciter à une transformation durable de la production. Si l’on veut tirer un meilleur parti du potentiel des labels sociaux et des codes de comportement, il faut notamment créer un réseau d’initiatives et d’acteurs en donnant à l’État un rôle important de chef d’orchestre.


© Friedrich Ebert Stiftung | net edition malte.michel| 7/2001